Le Lac de Sainte-Croix n'a pas toujours existé. Avant 1974, à l'emplacement actuel de son étendue turquoise, coulait le Verdon au fond d'une vallée habitée depuis des siècles. Le village des Salles-sur-Verdon s'y trouvait, avec ses maisons de pierre, son église, ses ruelles et ses habitants. La mise en eau du barrage de Sainte-Croix a changé cette géographie en quelques mois, noyant l'ancien village sous plusieurs dizaines de mètres d'eau. Comprendre cette histoire change le regard qu'on porte sur le lac, loin de l'image de carte postale qu'on en garde souvent.
Pourquoi un barrage a été construit ici
Dans les années 1960, Électricité de France cherche à exploiter le potentiel hydroélectrique du Verdon, déjà équipé en amont par d'autres barrages. Le site retenu, entre les gorges et la plaine, permet de créer une retenue de grande capacité tout en produisant de l'électricité pour la région. Les travaux du barrage de Sainte-Croix débutent en 1971. L'ouvrage, un barrage voûte, mesure environ 95 mètres de haut. Sa mise en eau commence en 1973 et se poursuit jusqu'en 1974, le temps que le lac atteigne son niveau normal, soit une surface d'environ 2 200 hectares, l'une des plus grandes retenues artificielles d'Europe à l'époque.
Le déplacement du village des Salles-sur-Verdon
L'ancien village des Salles-sur-Verdon se trouvait en contrebas, dans la zone qui allait être submergée. Plutôt que de laisser disparaître la commune, les autorités ont choisi de reconstruire un nouveau village sur les hauteurs, à quelques centaines de mètres de l'emplacement d'origine. Les habitants ont été relogés progressivement entre 1970 et 1973. Certains éléments symboliques, comme des pierres ou du mobilier religieux, ont été récupérés avant la mise en eau. Le nouveau village, bâti selon un plan assez différent de l'ancien tissu rural, porte toujours le nom des Salles-sur-Verdon et se visite aujourd'hui en longeant la rive nord du lac, non loin des plages de Bauduen, Sainte-Croix et Les Salles.
Ce qu'il reste visible aujourd'hui
La quasi-totalité de l'ancien village a disparu sous l'eau et n'est plus accessible, sauf exception. Lors des périodes de très basses eaux, généralement en fin d'été lors d'années sèches ou pendant des travaux de maintenance du barrage, le niveau du lac peut baisser suffisamment pour laisser apparaître d'anciennes fondations ou des vestiges de murets, surtout vers l'amont du lac et le secteur du Galetas. Ces épisodes restent rares et imprévisibles : il ne faut pas compter dessus pour organiser une visite. La majeure partie de l'année, le niveau reste stable et l'ancien village demeure invisible, à plusieurs dizaines de mètres de profondeur par endroits.
Le niveau du lac est géré par EDF et peut varier de quelques mètres selon la saison et les besoins hydroélectriques. Les vestiges du village ne sont visibles qu'en de rares occasions de niveau très bas, le plus souvent en fin d'été. Aucune baignade ni activité nautique n'est possible directement sur l'ancien site, qui reste une zone de navigation classique comme le reste du lac.
Pourquoi le zéro moteur protège aussi cette mémoire
La réglementation du lac interdit les moteurs thermiques sur la majorité de sa surface. Cette règle, souvent perçue comme une simple contrainte, limite aussi l'érosion des berges et les perturbations qui pourraient fragiliser davantage les vestiges immergés. Naviguer en pédalo dans les gorges depuis le Galetas ou en kayak ou paddle loué au Galetas reste la meilleure façon d'observer l'eau turquoise sans moteur, tout en gardant à l'esprit qu'une vallée habitée se trouve juste en dessous. Les bouées qui délimitent les zones de baignade et de navigation suivent cette même logique de protection, pas de restriction gratuite.
Visiter le nouveau village et comprendre l'histoire locale
Le nouveau village des Salles-sur-Verdon mérite une halte, ne serait-ce que pour mesurer l'ampleur du changement vécu par ses habitants il y a cinquante ans. L'église reconstruite, la place centrale et certains panneaux d'information locaux retracent cette histoire pour qui prend le temps de s'arrêter. Pour prolonger la visite, Moustiers-Sainte-Marie et son histoire de la faïence offre un autre regard sur le patrimoine de la région, à une vingtaine de minutes de route. Ceux qui souhaitent explorer les environs autrement peuvent aussi emprunter la route des Crêtes pour une vue d'ensemble sur le lac et les reliefs qui l'encadrent.
Que retenir avant de visiter le lac
Le Lac de Sainte-Croix n'est pas un site naturel mais un lac de barrage créé en 1974 par l'ennoiement d'une vallée habitée. L'ancien village des Salles-sur-Verdon a été reconstruit plus haut, et son histoire reste peu connue des visiteurs de passage. Garder cette information en tête ne gâche rien au plaisir de la baignade ou de la navigation : elle ajoute simplement une épaisseur à un paysage qui, sans cela, pourrait sembler avoir toujours existé tel quel. Pour les familles qui découvrent le lac pour la première fois, cette histoire se raconte facilement sur la route, avant de rejoindre les plages pour l'après-midi.
